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Les légendes et mythes des montagnes autour de Poon Hill : histoires Gurung et Magar

4 juin 2025 |  

Les sommets que l’on peut voir sur le trek de Poon Hill ou du camp de base de Annapurna sont imprégnés de récits ancestraux. Pour les ethnies Gurung et Magar, habitants de cette région du Népal, les montagnes sont bien plus que des montagnes. Ce sont des entités vivantes où demeurent des divinités. Ces sommets cachent des légendes séculaires. Peu de randonneurs réalisent qu’ils pénètrent dans un paysage profondément mythologique, chargé de significations spirituelles. Cette richesse un véritable patrimoine immatériel.

Le Machhapuchare visible pendant le trek de Poon Hill ou du camp de base de l'Annapurna

Le Machhapuchare : la montagne sacrée et intouchable

La montagne en forme de queue de poisson (Fishtail)

Parmi tous les sommets visibles depuis Poon Hill et même Pokhara, le Machhapuchare (6 993 m) est sans doute la plus emblématique. Son nom signifie “queue de poisson” en népali. Cela fait référence à son sommet qui fait penser à une nageoire caudale d’un poisson. Cette forme si particulière a inspiré de nombreuses légendes.

Cette montagne est considérée comme étant la demeure du dieu Shiva pour les Hindous. La légende raconte que Shiva a choisi le Machhapuchare pour sa beauté et son isolement. Shiva cherchait un lieu de méditation après la mort de son amour Sati. Il interdit alors aux mortels d’en fouler le sommet pour préserver la pureté de son sanctuaire.

Mais il existe une seconde version de cette légende. Elle est plus répandue parmi les locaux. Ils associent la montagne à la mythique Matsyendranath. C’est une figure importante du tantrisme hindou et bouddhiste. Selon ce récit, Matsyendranath aurait médité au sommet de cette montagne avant de transmettre ses enseignements spirituels aux vallées environnantes.

La montagne vierge

Le Machhapuchare fait partie des rares sommets de l’Himalaya Népalais jamais conquis par l’homme. D’ailleurs, une expédition britannique menée en 1957 par le colonel Jimmy Roberts s’était arrêtée à quelques mètres du sommet par respect pour les croyances locales. Depuis, le gouvernement népalais a officiellement interdit toute tentative d’ascension. Le Machhapuchare est devenu une “montagne sacrée” légalement protégée.

Pour les Gurungs, cette interdiction va bien au-delà d’une simple interdiction. Ils croient que toute personne qui atteint le sommet meure peu après. Des histoires circulent sur des tentatives clandestines. Elles se seraient toutes terminées par des catastrophes ou des décès mystérieux. Ces histoires renforcent l’aura mystique de la montagne.

L’Annapurna (8 091 m): déesse de l’abondance et mère nourricière

Une origine divine

Plusieurs sommets sont visibles depuis Poon Hill ou Muldai Hill sur le massif des Annapurna. Annapurna porte le nom d’une déesse hindoue. “Anna” signifie nourriture ou récolte, et “purna” signifie pleine ou complète. Annapurna est donc la déesse de l’abondance alimentaire, celle qui nourrit.

Annapurna Sud pendant le trek de Poon Hill

Les agriculteurs Gurungs et Magars sculptent les flancs des collines environnantes en terrasse. Cette emplacement n’est pas anodin. La montagne devient un symbole de fertilité et de subsistance. Elle est une entité bienveillante qui influence directement les précipitations selon les croyances locales. Cela influerait donc directement sur les récoltes.

Des rituels pour la prospérité

Avant l’arrivée massive du tourisme, des cérémonies étaient organisées à certaines périodes de l’année. Elles avaient pour but d’honorer l’esprit de l’Annapurna. Ces rituels mélangent les pratiques chamaniques pré-bouddhistes. Cette tradition, d’influence hindoue, a pour objectif à s’assurer de la bienveillance de la montagne-déesse. Il est encore possible de voir cette pratique dans certains villages reculés encore aujourd’hui.

Pendant la grande fête de Dashain, principale fête népalaise, on célèbre la victoire du bien sur le mal. Des offrandes sont offertes en direction de l’Annapurna. Les shamans gurung, appelés “jhankri”, entrent parfois en transe pour communiquer avec l’esprit de la montagne et demander protection pour la communauté.

D’autre part, une légende locale raconte que les premières semences de millet auraient été offertes aux hommes. Une divinité serait descendue des flancs de l’Annapurna sous la forme d’un oiseau blanc. Ce mythe est le fondement du lien nourricier qui unit les habitants à leur environnement.

Le Dhaulagiri (8 167 m) : montagne blanche et royaume des esprits

La montagne de glace et de lumière

Visible au loin depuis Poon Hill, le Dhaulagiri (8 167 m) est l’une des plus impressionnantes. Son nom vient du sanskrit “dhavala” (blanc, éblouissant) et “giri” (montagne). Cette “montagne blanche” est au centre de nombreuses croyances relatives aux phénomènes météorologiques.

Les Magars qui vivent au pied du massif attribuent au Dhaulagiri le pouvoir de contrôler les tempêtes et les vents. Selon leurs croyances, les esprits qui habitent sur le massif du Dhaulagiri peuvent déclencher des avalanches ou des blizzards lorsqu’ils sont perturbés ou offensés.

 


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Le yéti et autres créatures mythiques

C’est dans les régions isolées entre l’Annapurna et le Dhaulagiri où sont nés les récits les plus fous sur le “yéti”. Pour les habitants des hautes vallées, ces créatures ne relèvent pas du folklore. Elles constituent une présence réelle dans leur environnement.

Selon les traditions orales Gurung, différents types d’êtres surnaturels peupleraient les pentes enneigées :

  • le “mih” (homme des neiges classique), plus grand qu’un humain et couvert de fourrure,
  • le “teh” (ours des rochers), plus petit mais agressif,
  • le “nyalmo”, géant capable de dévorer des yaks entiers.

Au-delà de ces créatures mythiques, les montagnes abriteraient aussi des “ban jhankri” (shamans de la forêt). Les Ban Jhankri sont des êtres de petite taille qui enlèveraient parfois des enfants. Ils leur enseigneraient les arts chamaniques avant de les libérer, dotés de pouvoirs surnaturels.

Les montagnes sont les témoins des histoires mythiques

La grande bataille des pics

Une légende épique est partagée par plusieurs communautés de la région. La légende raconte qu’à une époque lointaine, les montagnes n’étaient pas fixes mais se déplaçaient librement. Une grande bataille aurait éclatée entre les principaux sommets pour déterminer lequel était le plus puissant. La montagne la plus forte mériterait de régner sur les autres.

L’Annapurna et le Dhaulagiri, rivaux éternels, se sauraient affrontées. Leurs affrontements titanesques auraient façonné les vallées et gorges de la région. La spectaculaire gorge de Kali Gandaki (la plus profonde du monde) qui les sépare se serait formée à la suite de cet affrontement.

C’est Lord Bouddha lui-même qui aurait mis fin à cette guerre mythique. Pour ramener la paix, Bouddha aurait figé chaque montagne à leur place actuelle. Aussi, il aurait assigné des fonctions spécifiques à chacune l’équilibre cosmique.

Des trésors sacrés dans des cachettes ?

La tradition bouddhiste tibétaine a influencé la perception mythologique des montagnes qui dominent Poon Hill. Selon ces croyances, Padmasambhava (Guru Rinpoche), aurait dissimulé des textes sacrés et des objets rituels dans des grottes et des sites secrets à travers l’Himalaya. Guru Rinpoche est le fondateur du bouddhisme tibétain au 8ème siècle.

Ces “terma” (trésors cachés) seraient protégés par des gardiens surnaturels. Mais le moment venu, un “tertön” (découvreur de trésors) prédéstiné les révèlera au monde. Plusieurs récits locaux mentionnent des cavernes mystérieuses dans les contreforts de l’Annapurna qui abriteraient de tels trésors spirituels.

L’influence des mythes dans la vie quotidienne

Pratiques et tabous des communautés locales

Ces croyances mythologiques ne sont pas de simples histoires pour les Gurung et les Magar. Elles influences de nombreux aspects de leur vie au quotidien. Des restrictions traditionnelles concernent les comportements acceptables en montagne :

  • ne pas crier ou faire du bruit inutile pour ne pas déranger les esprits,
  • ne pas pointer du doigt certains sommets sacrés,
  • effectuer de petites offrandes avant d’entreprendre un voyage en altitude.

Avant l’arrivée massive du tourisme, ces croyances imposaient une approche respectueuse et précautionneuse de l’environnement. Les chasseurs demandaient symboliquement pardon aux esprits des montagnes avant de poursuivre le gibier. Les cueilleurs de plantes médicinales observaient des rituels spécifiques pour apaiser les divinités locales. Néanmoins, on peut voir ses rituels chez les chasseurs de miel.

Transmission intergénérationnelle et les défis contemporains

La transmission orale des légendes constituait traditionnellement un pilier de l’éducation. Les soirées au coin du feu dans les villages étaient l’occasion pour les anciens de partager ces récits. Ils inculquaient ainsi le respect et la prudence face à la montagne.

Aujourd’hui, cette transmission est menacée par plusieurs facteurs :

  • l’exode rural des jeunes vers les villes,
  • l’éducation moderne qui favorise une vision scientifique du monde,
  • l’influence d’autres croyances.

Paradoxalement, c’est l’intérêt des touristes pour ces légendes qui encourage leur préservation. Cela incite certaines communautés à revaloriser ce patrimoine immatériel.

Les montagnes vues par les ethnies Gurung et Magar

Cosmologie et vision du monde

Pour comprendre pleinement la dimension mythologique des montagnes, il est essentiel de saisir la cosmologie des peuples Gurungs et Magars. Dans leur vision traditionnelle du monde, l’univers est structuré en trois niveaux :

  • le monde souterrain,
  • le monde terrestre,
  • et le monde céleste où résident les divinités.

Les pratiques religieuses syncrétiques

Les croyances relatives aux montagnes reflètent le syncrétisme religieux caractéristique de ces communautés. Des éléments animistes pré-bouddhiques coexistent avec des influences hindoues et bouddhistes plus récentes.

Les “puja” (cérémonies) dédiées aux montagnes peuvent ainsi invoquer simultanément :

  • des divinités hindoues comme Shiva,
  • des concepts bouddhistes comme les “dharmapalas” (protecteurs du dharma),
  • et des esprits locaux liés à des caractéristiques géographiques spécifiques.

Ce mélange de traditions spirituelles se reflète dans les “chortens” (stupas bouddhistes) et les autels dédiés aux divinités locales.

Quand le monde contemporain, tourisme et mythologie se rencontrent

Réinterprétation des mythes pour les voyageurs

Avec le développement du tourisme, certains récits mythologiques ont été adaptés, simplifiés. Parfois, ils ont même été réinterprétés pour les rendre plus compréhensible aux étrangers. Les guides locaux sélectionnent souvent les histoires les plus spectaculaires ou évocatrices. Mais ils laissent parfois de côté des nuances importantes pour les communautés locales.

Cette médiation culturelle, bien que nécessaire pour partager ce patrimoine, peut officiellement amener à une forme de folklorisation des croyances. Conscients de ces enjeux, on tente aujourd’hui de présenter ces récits dans leur contexte culturel complet. Il est important de favoriser une compréhension plus proche, plus vraie, des traditions locales.

La photographie, une différence de regard ?

Oui on a envie de photographier les moments fort de son voyage au Népal. Cependant, cette volonté impérative de prendre La photo de telle ou telle montagne peut sembler déconnectée. Pour les les communautés locales qui ont une relation particulière avec les montagnes, il y une divergence.

Dans la tradition Gurung, par exemple, certains pics ne devraient être regardés qu’avec révérence. Ces pics ne devraient pas capturés ou “possédés” par l’objectif. Cette différence de perspective illustre les différentes façons dont voyageurs et locaux perçoivent le même environnement.

Conclusion : un patrimoine vivant à respecter

Le panorama qui s’offre aux trekker au point de vue de Poon Hill est plus qu’un spectacle d’une beauté à couper le souffle. C’est aussi un paysage culturel façonné par des siècles de croyances, de légendes et d’interactions entre les locaux et leur environnement.

En connaissant les mythes et légendes qui entourent ces sommets majestueux, le voyageur enrichit son expérience et connaissance du Népal. Ce qui pourrait n’être qu’une succession de pics anonymes devient alors une fenêtre sur l’âme des peuples qui habitent ces vallées.

Respecter ces croyances, même sans nécessairement les partager, c’est honorer la profondeur culturelle qui fait du Népal. C’est bien plus qu’une simple destination de trekking. C’est reconnaître que les montagnes ne sont pas simplement des obstacles à franchir ou des défis à relever. Elles sont des présences vivantes qui continuent de façonner l’identité des communautés qui vivent à leurs pieds.

 


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